La permaculture, l’art de vivre avec la nature.

La définition la plus satisfaisante de ce qu’est la permaculture est donnée par David Holmgren, pour qui elle est un cadre permettant la mise en place de paysages qui miment les modèles et les relations observées dans la nature, afin d’obtenir une production abondante de nourriture , de fibres textiles et d’énergie pour satisfaire les besoins locaux.
Les deux éléments principaux de la permaculture sont donc la méthode de mise en place, et les systèmes qu’elle vise à créer. Commençons par ces derniers.

Les écosystèmes naturels comme modèles

Martin Crawford dans sa forêt comestible. Source: The Independant.

La permaculture s’appuie sur les écosystèmes naturels pour reproduire les qualités de ces derniers. Une forêt tempérée, par exemple, est un système productif et résilient, qui peut produire deux fois plus de biomasse qu’un système agricole2 et ceci sans irrigation, sans apport de fertilité et sans créer de pollution. Pourquoi les écosystèmes naturels sont-ils si performants ? Ils sont le fruit d’une sélection naturelle vieille de millions d’années, favorisant ceux qui étaient les plus aptes à utiliser l’énergie solaire, l’eau et les nutriments pour leurs besoins, tout en étant capables de résister aux perturbations ou de s’en relever rapidement.
Les permaculteurs visent à recréer les structures physiques et sociales de ses écosystèmes pour bénéficier de leurs caractéristiques désirables, tout en augmentant leurs utilités pour l’Homme. L’étude de ces systèmes apporte nombre de principes de conception de systèmes agricoles.
Le concept qui pousse le plus loin le mimétisme est le concept de forêt comestible. Elle se démarque du pré-verger traditionnel européen sur de nombreux points. La strate herbacée est par exemple remplacée par des associations remplissant les fonctions de couvre-sol, fixateur d’azote, d’accumulateur de minéraux, d’aide aux pollinisateurs …partageant l’espace entre couche herbacée, buissons, arbustes, arbres et lianes. Les mêmes dynamiques que celles d’une forêt sont récrées.
Sans aller jusqu’à la forêt comestible, les enseignements des écosystèmes naturels peuvent servir dans autres agrosystèmes. Au potager par exemple, on créera des allées permanente pour éviter de compacter le sol des planches sous nos pieds; on privilégiera la faune du sol par l’arrêt de pesticides, l’ajout de matière organique et la réduction ou l’arrêt des labours; on évitera de laisser la terre à nue, provoquant érosion et opportunité pour les plantes opportunistes; etc.

Le cadre de pensée de la permaculture

La permaculture n’est pas tant les systèmes mis en place (même s’il arrive qu’on appelle un tel système « une permaculture »), mais tout le processus qui a permis à ce système de voir le jour.
L’élément majeur de la permaculture est la conception (en anglais, le design). Une conception permaculturelle prend un compte un grand nombre d’aspects : sociaux (les personnes concernées par le projet, leurs désirs, leurs habitudes), culturels (les normes, les tabous), juridiques (la législation), du site en lui-même (eau, sol, paysage, climat, végétation …), pour les relier de la façon la plus harmonieuse possible.
La permaculture adopte une vision systémique, c’est à dire qu’on analyse un projet sous forme de systèmes composés de sous systèmes, reliés entre eux par des entrées et des sorties. Par exemple un jardin peut être considéré comme un système composé des sous systèmes « volailles », « potager » et « verger ». Le but est d’organiser au mieux les relations entre ces différents systèmes, de manière à ce que les productions (sorties) d’un système répondent aux besoins (entrées) d’un autre. Par exemple, les fientes des volailles, qui posent un problème de pollution dans les grands élevages industriels, peuvent être avantageusement utilisées comme engrais au potager ou au verger. En plus des productions physiques, on peut aussi utiliser les comportements des différents éléments : le grattage des poules peut être utilisé pour incorporer du compost dans une planche potagère, ou pour déloger des parasites du verger qui se sont enfouis dans le sol au pied des arbres pour passer l’hiver.
Les connexions théoriques abordées précédemment ne sont que des possibilités, qui peuvent prendre corps grâce à un placement judicieux. Plus ces mises en relation (dans ‘espace ou le temps) sont pertinentes, plus grande est la synergie entre les éléments, c’est àdire que les bénéfices de l’union des éléments est plus grand que la somme de ceux des différents éléments. Le temps, l’énergie et l’argent réclamés par le système sont également réduits car plus de déchets sont éliminés et plus de besoins sont comblés sans notre intervention.

Utilisation de baissières pour fertiliser le terrain passivement avec les fientes des poules. Source: A Designers’ Manual, Bill Mollison.

Dans nos exemples, il faut prévoir l’accès des poules au potager et au verger (chemins, protection, eau …). Si le parcours des poules inclus le verger, les poules pourront directement fertiliser et manger les fruit gâtés, sans plus d’intervention de notre part. L’utilisation des fientes de poules sera plus aisée en fonction de l’emplacement proche ou éloigné du poulailler par rapport au lieu de distribution. Il faudra organiser le poulailler de façon à ce que ces actions de maintenance soient facilitées, et éventuellement prévoir des chemins compatibles avec une brouette. Mais les possibilités sont nombreuses : on peut aussi construire un poulailler sans fond permettant aux fientes de tomber directement dans une baissière (fossé creusé suivant les lignes de niveaux), qui se chargera de distribuer cette fertilité au reste du terrain lors des prochaines pluies (voir figure).

Graphe de flux faisant partie d’une conception. Source: Melliodora, David Holmgren.

Pour guider cette mise en place, la permaculture dispose de toute une panoplie d’outils de conception, dont les plus connus sont les zones (les éléments sont placés suivant leur intensité d’utilisation) et les secteurs (les forces venant de l’extérieur du terrain influence le placement). On peut citer entre autre les listes de plantes, des cartes de propriétés (voir l’exemple en bas de age), des diagrammes de flux (voir figure ci-contre), etc.
Enfin, pour la mise en œuvre, les permaculteurs peuvent s’appuyer sur des techniques déjà existantes et qui conviennent à leur situation : techniques potagères, de retraitement des eaux, de construction, etc; ce qui n’empêche pas d’en créer de nouvelles !

La conception en permaculture par l’exemple

Voici un exemple tiré du livre Edible Forest Garden vol. 2 écrit par Dave Jack et Eric Toensmeier, et qui concerne la conception du jardin d’Eric Toensmeier et de Jonathan Bates. Cet exemple a été bien entendu très simplifié pour les besoins de cette page. Pour plus d’information, reportez-vous au livre, qui détaille le processus de conception, et au site de l’Apios Institute d’où sont tirées les photographies et qui en contient plus encore.

Maison vue depuis le fond du jardin

Jardin vu depuis la maison

Eric et Jonathan ont défini les buts qu’ils souhaitaient atteindre comme suit :
« Notre forêt nourricière est un paradis de cueillette géré de façon intensive, une arche vivante d’une grande diversité de plantes utiles et multifonctionnelles de notre biorégion et du monde entier. La forêt nourricière est un élément intégrateur d’une plus large conception en permaculture visant la production de nourriture, l’habitat de la vie sauvage, et des espaces sociaux qui inclut la propriété en entier ».
L’analyse du site fait intervenir de nombreux aspect, entre autre l’étude : de la végétation et autres organismes vivants sur et à proximité de la propriété, du sol, des flux d’eau, des accès, du soleil, de la topographie, etc. Toutes ces informations sont organisées sous forme de listes, de diagrammes, de dessin pour rendre l’information plus intuitives.
Voici quelques schémas réalisés par Dave Jack concernant certains aspects de l’analyse du site :

Accès

Eau

Végétation

Résumé



L’analyse du site est très importante. Dans cet exemple, la mini-serre (visible sur la dernière photo) n’a pas été placée au hasard, mais dans la seule zone du terrain qui reçoit du soleil au cours des quatre saisons. Le potager est lui aussi placé par rapport aux zones d’ensoleillement et à la fertilité du sol. La zone de « rencontre » et de repos se situe juste à la sortie des deux entrées/sorties du bâtiment vers le jardin, et dans une zone ensoleillée l’été. Une mare est située près de cet espace, dans un endroit bas du terrain, pour recueillir l’eau de pluie.
Un schéma résume l’aménagement souhaité du lieu, prenant en compte les objectifs et les observations effectuées. Il ne reste plus qu’à implémenter le design, par l’aménagement physique du lieu.

Plan détaillé
Mise en place du système

Vue depuis le fond du jardin, cinq ans plus tard

Vue depuis la maison, deux ans plus tard



Cet exemple met en lumière un des principes de permaculture, une observation prolongée vaut mieux qu’une action inconsidérée.

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Publié le 28/07/2013, dans Articles, Jardinage, et tagué , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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