Dossier Complet sur « La Chélation »

Sommaire
  • La chélation, qu’est-ce que c’est?
  • Applications thérapeutiques de la chélation
  • La chélation en pratique
  • Formation professionnelle en chélation
  • Livres, etc.
  • Sites d’intérêt
  • Références

La chélation, qu’est-ce que c’est?

La chélation (prononcer « kélation ») est d’abord une approche médicale visant à désintoxiquer l’organisme des minéraux et des métaux nuisibles. Du mot grec « khêlê », qui signifie « griffes » ou « pinces », la chélation est, plus précisément, le procédé par lequel une substance organique (l’agent chélateur) se lie à des minéraux ou des métaux ionisés (chargés électriquement), comme le fer, le calcium, le plomb, le cuivre, etc. Le complexe qui en résulte étant stable, inactif, non toxique et soluble, il peut facilement être éliminé par voie urinaire.
La chélation par injection intraveineuse est une pratique médicale couramment utilisée dans les cas d’intoxication à certains métaux lourds, notamment le plomb, et d’élimination des substances radioactives nocives.

Des usages alternatifs controversés

En plus de cette application classique pour la désintoxication, certains thérapeutes affirment que la chélation pourrait également être utile contre l’artériosclérose et une foule d’autres problèmes de santé, des allergies à la maladie d’Alzheimer, en passant par le diabète, l’ostéoporose, la maladie de Parkinson, l’arthrite rhumatoïde et même la calvitie. Mais toutes ces applications font l’objet d’une vive polémique depuis plusieurs années, particulièrement en ce qui concerne l’utilisation de l’agent chélateur EDTA pour traiter l’artériosclérose. C’est surtout de cet agent dont il sera question dans la présente fiche.
Conçu en Allemagne dans les années 1930, l’EDTA (en anglais : ethylene-diamine tetraacetic acid – en français : acide éthylène-diamino-tétraacétique) a été utilisé, une décennie plus tard, auprès de travailleurs américains atteints d’intoxication au plomb. Au cours des années 1950, le Dr Norman Clarke, directeur de recherche du Providence Hospital de Detroit au Michigan, remarque que le traitement à l’EDTA s’accompagne souvent d’améliorations notables de l’état de santé : diminution des douleurs d’angine (liées au blocage des artères), amélioration des facultés de mémorisation et de l’acuité des sens (vue, ouïe, odorat), hausse de l’énergie, etc.
On a alors émis l’hypothèse que l’EDTA pouvait s’attaquer aux dépôts de calcium, et ainsi débloquer les artères. Mais cette théorie a été réfutée par des expériences subséquentes. Depuis, les hypothèses se sont succédé, dont une, particulièrement populaire, voulant que l’EDTA combatte les radicaux libres, ces molécules impliquées dans le vieillissement de l’organisme.
À ce jour, la communauté scientifique n’est toujours pas parvenue à un consensus, ni sur les actions bénéfiques potentielles de la chélation, hormis la désintoxication, ni sur les mécanismes qui seraient en cause.
Les chercheurs en médecine environnementale ont établi certaines corrélations entre de faibles expositions à des métaux lourds (et autres produits toxiques) et divers problèmes de santé et maladies chroniques1-4. Par exemple, des chercheurs ont émis l’hypothèse qu’une exposition au plomb de faible intensité pourrait entraîner des problèmes de pression artérielle5,6. D’autres ont émis l’hypothèse de liens entre la présence dans l’organisme de certains métaux et l’autisme7,8 ou la maladie d’Alzheimer9 ou la maladie de Parkinson10. Mais les données ne sont pas véritablement probantes et sont souvent contradictoires. Le débat est loin d’être clos.
Quoi qu’il en soit, la chélation continue de gagner en popularité. Certaines personnes y ont recours en prévention pour s’assurer de débarrasser leur organisme de la moindre trace de métaux potentiellement toxiques ou nuisibles. Et de plus en plus, des médecins spécialisés offrent cette thérapie, en clinique privée, à une clientèle vieillissante et fortunée, souvent frappée par l’artériosclérose. La chélation, puisqu’elle s’attaquerait à diverses maladies dégénératives, est souvent présentée comme une des thérapies de rajeunissement, dites « de Jouvence ».

Applications thérapeutiques de la chélation

Outre la désintoxication classique, les études scientifiques publiées portent principalement sur les effets de la chélation (par injection intraveineuse d’EDTA) dans le traitement des maladies cardiovasculaires.

 

Recherches

Contribuer au traitement des maladies cardiovasculaires
Plusieurs revues systématiques11-14 ont évalué les effets de la chélation par injection d’EDTA pour traiter les maladies cardiovasculaires et ont conclu qu’il n’y a pas assez de preuves pour déclarer cette thérapie efficace et sécuritaire. Dans la dernière revue systématique, publiée en 200614, les auteurs ont conclu que la chélation devrait être utilisée uniquement dans un contexte de recherche, et auprès de patients ne répondant pas aux traitements classiques.
Devant cette situation, et surtout parce que les maladies cardiovasculaires constituent la première cause de mortalité aux États-Unis, les National Institutes of Health (NIH) ont décidé, en 2003, d’entreprendre une vaste étude15. Elle vise à évaluer les effets de la chélation (40 traitements par patient) chez plus de 1 700 survivants d’une crise cardiaque. La publication des résultats, initialement prévue en 2008, a été reportée en 2012. Ils devraient permettre de déterminer avec plus de précision le degré d’efficacité de la thérapie.
Entre-temps, en 2008, des chercheurs ont recommandé l’arrêt pur et simple de cette étude. Selon eux, elle serait faussée au départ et reposerait sur des bases méthodologiques et scientifiques déficientes16. Ils croient que les résultats, quels qu’ils soient, ne seront pas fiables, et que l’étude serait donc parfaitement inutile.
Autres applications
Aucune donnée scientifique ne permet présentement de conclure à une efficacité possible de la chélation pour les autres applications thérapeutiques alléguées.

La chélation en pratique

 La chélation par intraveineuse est un acte médical qui doit être pratiqué par un médecin dûment formé et accrédité, dans des conditions rigoureuses, tant en ce qui concerne l’hygiène, que la préparation et le suivi. Le traitement, qui dure de 2 h à 4 h, est sans douleur. La solution est injectée dans une veine située sur l’avant-bras ou le dos de la main, et le patient demeure assis.
Par la suite, les métaux indésirables sont évacués par voie urinaire. Le traitement s’accompagne généralement de la prise de suppléments de vitamines et de minéraux, notamment de zinc, afin de compenser les pertes causées par la désintoxication. De 20 à 40 séances échelonnées sur 1 an à 2 ans peuvent s’avérer nécessaires. À moins qu’il s’agisse d’une intervention destinée à éliminer une grave intoxication, le coût de la chélation, qui peut atteindre quelques milliers de dollars, est rarement remboursé par le gouvernement ou par les compagnies d’assurances.
La plupart des praticiens se trouvent aux États-Unis, mais il y en a également au Canada, en Europe et en Australie. Pour connaître leurs coordonnées, consulter le répertoire de l’American College for Advancement in Medicine (voir Sites d’intérêt).

Autochélation?

Cocktails vitaminés et suppositoires désintoxiquants à base d’EDTA sont actuellement offerts en vente libre, notamment par Internet. Leur concentration en EDTA est toutefois extrêmement faible comparativement au traitement par intraveineuse. Et puisqu’il n’y a aucune certitude quant à l’efficacité de la chélation intraveineuse sur les maladies cardiaques, il est encore plus difficile de supposer que la chélation par voie orale ou rectale puisse avoir une quelconque efficacité.

Formation professionnelle en chélation

 Pour pratiquer la chélation, les professionnels de la santé, majoritairement des médecins, doivent avoir obtenu une certification de l’International Board of Clinical Metal Toxicology ou d’un organisme équivalent. L’American College for Advancement in Medicine, l’organisme qui fait la promotion de la technique en tant que thérapie cardiovasculaire ou de rajeunissement, coordonne la formation dans plusieurs pays.

Livres

Brecher Harold et Brecher Arline. Forty Something Forever: A Consumer’s Guide To Chelation Therapy and other Heart-Savers, New Leaf Distributing Co., États-Unis, 1992.
Un livre accessible, rédigé par deux journalistes médicaux. Accent sur la chélation comme thérapie de rajeunissement.
Cranton Dr Elmer. Bypassing Bypass, Stein and Day, États-Unis, 2005.
Le médecin explique comment la chélation pourrait améliorer la circulation sanguine, freiner le processus de vieillissement, voire éviter la chirurgie cardiaque. Un livre qui suscite encore de vives polémiques.
Walker Dr Morton. Chelation Way – The Complete Book of Chelation Therapy, Avery, États-Unis, 2002.
Souvent revu et réédité, un classique considéré comme une référence incontournable.
Cranton et Walker ont tous deux publié plusieurs autres livres sur le sujet.

Chélation – Sites d’intérêt

American College for Advancement in Medicine
Organisme qui fait la promotion et qui encadre la thérapie par chélation. Répertoire des praticiens.
www.acam.org
Chelation Medical Centers of the Okanagan
Le site d’un médecin canadien qui pratique la chélation et qui en vante les bienfaits.
www.chelationbc.com
International Board of Clinical Metal Toxicology (ABCMT)
L’organisme qui supervise la pratique et certifie les thérapeutes.
http://ibct.info

Références

Note : les liens hypertextes menant vers d’autres sites ne sont pas mis à jour de façon continue. Il est possible qu’un lien devienne introuvable. Veuillez alors utiliser les outils de recherche pour retrouver l’information désirée.

Bibliographie

American College for Advancement in Medicine. [Consulté le 1 avril 2010]. www.acam.org
Chelation Medical Centers of the Okanagan. [Consulté le 1 avril 2010]. www.chelationbc.com
Chelation therapy, Natural Standard. [Consulté le 1 avril 2010]. www.naturalstandard.com
Green Saul. Chelation Therapy: Unproven Claims and Unsound Theories, Quackwatch, 2006. [Consulté le 1 avril 2010]. www.quackwatch.org
National Institutes of Health. [Consulté le 1 avril 2010] www.nccam.nih.gov
Novey Donald W. (Dir). Clinician’s Complete Reference to Complementary & Alternative Medicine, Mosby, États-Unis, 2000.
Pubmed – National Library of Medicine. [Consulté le 1 avril 2010]. www.ncbi.nlm.nih.gov

Notes

1. Flora SJ. Lead exposure: health effects, prevention and treatment, J Environ Biol. 2002 Jan;23(1):25-41.
2. Piomelli S. Childhood lead poisoning, Pediatr Clin North Am. 2002 Dec;49(6).
3. Low-level chronic mercury exposure in children and adolescents: meta-analysis. Ng DK, Chan CH, et al. Pediatr Int. 2007 Feb;49(1):80-7.
4. Low-level environmental exposure to lead and progressive chronic kidney diseases. Lin JL, Lin-Tan DT, Li YJ, Chen KH, Huang YL. Am J Med. 2006 Aug;119(8):707.e1-9.
5. Gonick HC et al. Is lead exposure the principal cause of essential hypertension?Med Hypotheses. 2002 Sep;59(3).
6. Cumulative community-level lead exposure and pulse pressure: the normative aging study. Perlstein T, Weuve J, Schwartz J, et al. Environ Health Perspect. 2007 Dec;115(12):1696-700.
7. Kidd PM. Autism, an extreme challenge to integrative medicine. Part 2: medical management.Altern Med Rev. 2002 Dec;7(6).
8. Holmes AS et al. Reduced levels of mercury in first baby haircuts of autistic children. Int J Toxicol. 2003 Jul-Aug;22(4).
9. Finefrock AE et al. Current status of metals as therapeutic targets in Alzheimer’s disease.J Am Geriatr Soc. 2003 Aug;51(8).
10. Kaur D et al. Ironing out Parkinson’s disease: is therapeutic treatment with iron chelators a real possibility?Aging Cell. 2002 Oct;1(1).
11. Ernst E. Chelation therapy for coronary heart disease: An overview of all clinical investigations. Am Heart J. 2000;140(1):139-41.
12. Villarruz MV, Dans A, Tan F. Chelation therapy for atherosclerotic cardiovascular disease. Cochrane Database Syst Rev. 2002(4):CD002785. Texte complet [consulté le 1 avril 2010] : www.update-software.com
13. Seely DM, Wu P, Mills EJ. EDTA chelation therapy for cardiovascular disease: a systematic review. BMC Cardiovasc Disord. 2005;5:32.
14. Shrihari JS, Roy A, et al. Role of EDTA chelation therapy in cardiovascular diseases. Natl Med J India. 2006;19(1):24-6.
15. Trial to Assess Chelation Therapy (TACT). ClinicalTrials.gov. [Consulté le 29 mars 2010]. http://clinicaltrials.gov
16. Atwood KC, Woeckner E, et al. Why the NIH Trial to Assess Chelation Therapy (TACT) should be abandoned. Medscape J Med. 2008;10(5):115.

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Publié le 15/07/2013, dans Articles, Santé et environnement, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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